08/06/2012

* Jean Benoît Mallat, de la plume inusable au PPR ...

Les hommes liés à l'histoire de la plume ont toujours été des hommes d'esprit dans la technique et le commerce.  Entre tous, je voudrais brièvement parcourir l'histoire d'un commerçant des plus géniaux et éclectiques : Jean Benoit Mallat.

Notre homme naquit à Angoulême en 1805. Très jeune il entra comme apprenti chez un horloger, et après 6 ans d'étude et de travail dans ce laboratoire il quitta sa ville natale pour s'installer, en 1830, comme horloger à Paris, rue Neuve Saint-François et s'établir ensuite au 63 rue du Temple.  Inventeur génial bien plus que mécanicien, il breveta en 1836 un tour d'horloger, qui lui rapporta deux citations: la première dans le "Bulletin des lois de le République Française" Volume 13 pages 396, et la seconde dans les "Archives du Commerce" Volumes 15 à 16 Page 282 :

« M Mallat Jean Benoît horloger demeurant à Paris rue du Temple n 63 auquel à été délivré le 27 janvier dernier les certificats de sa demande d'un brevet d’invention et de perfectionnement de cinq ans pour un outil qu’il nomme moteur à pied Mallat applicable en horlogerie à tourner les pièces les plus fragiles sans aucun danger de les casser. »

Tout de suite, à Paris, il réussit à se faire une discrète clientèle et peu après son habileté de mécanicien suscita l'intérêt du grand illusionniste Robert Houdin qui lui confia la construction de quelques-uns de ses outils utilisés lors de ses numéros de magie. Au cours d'une tournée en Angleterre avec le "magicien" , Mallat fait la connaissance des frères Mitchell, et a le « coup de foudre » pour les objets d'écriture et notamment pour les plumes métalliques.

En utilisant les plumes métalliques de son époque, Mallat se rendit compte qu'il fallait résoudre trois principaux problèmes:

· La corrosion facile de l'acier au contact avec l'encre ;

· La souplesse insuffisante de la plume ;

· L’autonomie insuffisante d'écriture entre une prise d'encre et la suivante.

Il entreprit d’y remédier, et en 1842, breveta sa "plume inusable" réalisée en or, qui rendait l'instrument plus flexible. Une nervure sous la plume fortifiait la pointe et faisait fonction de réservoir pour l'encre.

Le problème de la ductilité de l'or qui l'aurait aisément rendu consommable avec le frottement du papier fut résolu ensuite en insérant sur la pointe, tout d'abord un grain de rubis, ensuite d'iridium ou osmium.

(cliquez sur les images pour agrandir)

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   … Le corps de la plume est en or ou platine ou autre métal à l’épreuve de l’acide qui se trouve dans l’encre ; de plus l’extrémité des becs est garnie d’un rubis ou autre pierre inaltérable. Le tuteur que j’ajoute sous la plume comme un levier dans la figure A soutient les becs, ce qui donne la facilité d’ armer le ressort de manière à se qu’il fasse une légère pression sur le tuteur ce qui fait que le becs ne peuvent jamais se briser puisqu’ils arrivent avec force à se fixer sur un point solide et invariable…

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 Malheureusement vu les coûts de l'or et de fabrication très élevée, (la plume était vendue avec un porte-plume spécial réservé à son usage), cette solution ne connut le succès qu’auprès d'une clientèle aisée. Par la suite, après avoir fondé en 1842 la société qui porte son nom, de 1843 à 1853, Mallat présenta un certain nombre de brevets de plumes perfectionnées, en tâchant surtout de résoudre le problème de l'autonomie insuffisante d'écriture, en réalisant des nervures ou des ajours pour retenir la plus grande quantité d'encre possible.

Mais, n'ayant pas les moyens financiers nécessaires à une production autonome, il dut s'adresser à d’autres, et son choix, en dépit de l'industrie française, fut celle des principales et renommées entreprises anglaises de l’époque. Tout d'abord Joseph Gillot, et ensuite Perry et Leonhardt.   En 1864, Jean Benoît Mallat breveta le "Siphoïde" véritable ancêtre du Porte Plume Réservoir, et probablement le premier instrument d'écriture équipé d’un réservoir produit et commercialisé. 

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Mallat ne négligea rien, et à la fin de sa carrière, il se consacra aussi au perfectionnement d'un fusil à broche. Son activité était reconnue en Angleterre et son nom fut cité à plusieurs reprises dans THE LONDON GAZETTE (e.a. 22 février 1870, 30 novembre 1877).   

Jean Benoît Mallat mourut en 1877 en laissant une société très solide qui produisit des articles d'écriture jusqu’en 1960.   

La production réelle de PPR a commencé juste après la première guerre mondiale, avec un sommet de production dans la période d’entre deux guerres.  L'entreprise Mallat fut une des premières à utiliser le plastique. Sa production de PPR s’arrêta dans les années 60, quand furent proposés sur le marché les premiers stylos billes jetables.

Les PPR Mallat étaient de bonne qualité et les plus anciens suscitent encore l'intérêt des collectionneurs.

Petite Chronologie de la production Mallat de PPR.

Année

Modèle

 

1916

 

début de la production de PPR - les lettres R, S et A précédaient les noms des modèles

1930

120 - 130

à levier

1936

150 - Intégral

à bouton

1943

Plexigraf

Le modèle Plexigraf sera produit pour tous les 40s dans versions différentes, du premier de 1943, nommé Plexigraf 14, aux nouveaux modèles le Plexigraf 225 et les Plexigraf 315

1944

Plexigraf junior

à bouton

1946

Plexicolor

à bouton

1949/50

310

doté d'un piston et d'un réservoir d'encre visible

Années 50s

 

Leda, Ambassadeur et Contre-amiral - remplissage à accordéon

 

Jean Benoit Mallat (11).jpgJean Benoit Mallat (10).jpg

 










 

Jean Benoit Mallat (8).jpg

La production des PPR a été fermée définitivement  par l'acquisition de la marque par Edacoto. La compagnie est néanmoins restée présente dans le marché de l'instrument de l'écriture, en ayant une production considérable de stylos à bille économiques.

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Dans les années 90s Mallat a été acquis par les multinationales de papeterie et la marque est maintenant disparue.

Rodolfo.

07:57 Écrit par ra51 - dans Plumes et Commerce | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Excellent article lié à une belle documentation. Ce Mallat est un cousin éloigné de mon épouse et je détiens une généalogie complète. Salutations.

Écrit par : dutheil | 18/07/2012

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Bonjour dutheil,
pouvez vous m'envoyer cette généalogie pour aider moi dans mes études de calamophilie ?
Merci d'avance et bien cordialement.
Rodolfo

Écrit par : Rodolfo | 21/07/2012

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